La juive rebelle et ses déchets catholiques

 

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L’amour, ce n’est pas ta faute, petite.
Pas plus, en tout cas, que celle du soleil
jaune et de la
lune blanche, insupportables,
sembables, semblables.
Jaune. Blanche.
Ce n’est pas ta faute. Moïse
nous a jetés
dans ce sac noir
de nylon et pyrite
qui n’est même pas agréé
par les décharges du temps.
Et d’ailleurs : l’éthique
des éboueurs, ça non plus
ce n’est pas ta faute, petite.
Je veux parler de ces
déchets dégoûtants, c’est ça
qui coagule, qui
tourne comme le lait fermenté
de ton chameau de steppe, c’est ça
qui fait grumeler ta tendresse violette
et dissout la folie dans un
bassin moisi et mal desservi.
C’est ça : ce sont les déchets, c’est juste ça.
Crois-moi…

Les gars dans le métro n’écoutent plus
Frank Zappa et ne lisent plus
Pär Lagerkvist. Les Péruviens
ne te menacent plus des enfers.
Notre coin de rue
s’est endormi au pied de la fenêtre
parce que des grilles du Jardin Botanique
pendent des centaines de
calèches peintes en blanc
visibles seulement des touristes allemands.
Les oiseaux
ne sifflent plus l’Abinu Malkenu sur
les corniches sans murs. Non pas qu’ils
ne s’en souviennent pas, mais
parce que ce ne sont pas des oiseaux.
Je sais que je n’aurais pas dû les négliger.
Je sais. Je sais que les
oeufs sont devenus des arbres,
que les arbres sont devenus du velcro.
Et que les pommes meurent
d’abstinence.

Je ne sais rien de mon tabac, je ne sais
rien des oreilles dans ton dos.
Je n’ai aucune idée
sur le destin final
de la salive,
je ne sais même pas si le Golem reviendra
ce printemps.

Mais je sais que ce n’est pas ta
faute. Ce n’est pas ta faute.
Je te le jure sur le baiser qui est passé inaperçu,

petite.